Modern Times: la Masterclass de Charlie Chaplin

Je suis un peu triste que beaucoup de jeunes d’aujourd’hui aient une limite concernant leurs propres influences personnelles et qu’ils ne s’intéressent pas aux films d’avant les années 60.

STEVEN SPIELBERG

Oh non ! Le voilà ! Ce fameux passage obligé dans le cinéma de patrimoine bien vieux et tout poussiéreux ! Si tu te sens un peu réticent, ne t’inquiète pas, je peux comprendre : le noir et blanc, la date de sortie (1936) et le souvenir flou de cet extrait rigolo et muet que ton professeur de CM2 avait montré à toute ta classe…😌

C’est vrai qu’après ça, revoir ce film sans apriori, n’est pas forcément évident. Mais si tu parviens à passer outre ce ressenti, laisse-moi te le dire en 4 mots : TON INVESTISSEMENT SERA (AMPLEMENT) RÉCOMPENSÉ ! 😉

Parce qu’avant d’être un monument du cinéma, Modern Times (titre original) ou Les temps modernes de Charlie Chaplin, c’est d’abord un film incroyablement inspirant et fédérateur qui raconte l’histoire de deux marginaux qui vont s’épauler.

C’est un film aux gags redoutables (encore et toujours) et aux plans absolument magnifiques (Le film bénéficie d’une splendide restauration notamment grâce au numérique et à la stabilisation des images). Et en plus de ravir petits et grands, il a aussi le pouvoir d’aiguiser ton approche du cinéma. Alors franchement, dis-moi, à quoi bon s’en priver ?

Cet article participe à l’événement interblogueurs “I Feel Good Movie !” du blog Ciné, ma thérapie. C’est un blog que j’apprécie vraiment et je vous invite à y lire cet article intéressant : Bonnes Résolutions et écrans… 

Très rythmé et follement divertissant, le film de Chaplin se hisse (facilement) dans le top 20 des films à haute valeur éducative et instructive (son apport est colossal). Il se révèle indispensable à toute personne qui s’intéresse aux bases du langage cinématographique et à l’impact profond que peut véhiculer le media cinéma.

Cet article sur Modern Times n’est pas une analyse poussée mais plutôt la mise en lumière d’un exemple de film que je t’encourage (vivement) à voir et revoir, pour disséquer le brio indéniable et intemporelle de ses différentes séquences et l’implémenter dans ta pratique.

les gens se contentent d’étudier les films des années 70. Vous savez, ce qu’ils apprennent est une copie carbone assez faible parce que le cinéma des années 70 a appris des maîtres des années 40, 50 et 30

Steven Spielberg
C. Chaplin fait preuve d’un sens du cadrage impressionnant dans Modern Times, 1936 (timecode : 55min26)

1) Modern Times : QU’EST CE QUE çA RACONTE ?

C’est l’histoire de Charlot, un petit ouvrier qui travaille à la chaine dans une usine importante. Il passe ses journées a resserrer des boulons. Mais à force, cette investissement répétitif et déshumanisé va le conduire au burn out. Il va alors perdre son boulot, se faire interner et passer par la case prison, suite à un concours de circonstance. Une fois relâché, une jeune orpheline tentant d’échapper à la police, va lui tomber dessus ! Touché, il va alors décider de la prendre sous son aile.

Attention. Si tu n’as jamais vu ce film, clique ici pour arrêter la lecture maintenant et sauter directement au grand 2 de cet article intitulé Modern Times : qu’est-ce que ça veut dire. Essaye vraiment de ne pas lire ce qui suit avant d’avoir vu Modern Times, car je vais à présent dévoiler des éléments majeurs de l’histoire qu’il est préférable de découvrir durant le film : ça serait tellement dommage de gâcher bêtement ce petit chef d’oeuvre qui t’attends, crois-moi ! 😉

Séquence de fin de Modern Times, C.Chaplin, 1936 (timecode : 1h26min)

Toujours poursuivi par la police, la jeune orpheline va se faire prendre mais Charlot va l’aider à s’échapper et s’enfuir avec elle. Souhaitant ensuite lui offrir une jolie maison, il va reprendre alors le chemin du travail et devenir veilleur de nuit dans un grand magasin. Mais le bonheur va être de courte durée et Charlot va à nouveau se faire arrêter et emprisonné. 2 fois.

Durant ce temps, la jeune orpheline se fait embaucher comme danseuse dans un restaurant cabaret. Elle vient chercher Charlot à sa sortie de prison et lui propose de travailler avec elle comme serveur et chanteur. A cours d’idée, il accepte.

Et en parfait débutant, il va créer une zizanie sans précédent dans le restaurant. Le patron décide quand même de le faire chanter et là, c’est la surprise ! Charlot fait un carton en proposant un numéro de pantomime chanté exceptionnel. Mais malgré ce succès, la police des mineurs arrive soudain pour arrêté l’orpheline. Finalement, ils parviennent à s’échapper tous les deux et repartent à l’aventure, ensemble.

2) Modern Times : QU’EST CE QUE ÇA VEUT DIRE ?

On l’appuiera dans le point numéro 3 mais dis-toi que Les temps modernes multiplie les images évocatrices. Quasiment chaque plan du film est pensé, millimétré et porteur d’une idée. Et c’est précisément là que ce situe une grande partie du génie intemporel de Chaplin : en racontant des histoires drôles (au premier abord), il véhicule des idées fortes. Et il construit un message qui sera compris par tous.

Paulette Goddard dans Modern Times, C.Chaplin, 1936 (timecode : 21min53)

Ce sous-texte est tellement bien travaillé, qu’aujourd’hui encore, son film n’est pas seulement compréhensible et divertissant : il est surtout toujours d’actualité. Si la forme (les images) porte quelques traces de son temps ( oh, si peu !😉 ), le fond (le sous-texte) est toujours brulant, actuel et incroyablement pertinent. Et si cette longévité (de 1930 à aujourd’hui) donne le tournis, elle permet aussi de mesurer concrètement, l’immensité de l’oeuvre que l’on est en train de regarder…

A travers les péripéties de Charlot, Charlie Chaplin livre dans ce film une satire profonde et sophistiqué. On peut la résumer en 4 actes principaux :

1- La course au rendement tue l’individu :

Charlie Chaplin délivre dans les 20 premières minutes, une brillante mise en garde contre la course au progrès.

2- L’absurdité des moeurs :

On assiste à une critique acerbe et général de la société. Tout y passe : patrons, travailleurs, policiers, pasteurs.

3- Les marginaux finiront au devant de la scène :

A travers son Charlot, Chaplin continu de défendre les artistes et les valeurs humanistes. Et fait de Modern Times avant tout, un hymne à la tolérance.

4- le bonheur est dans le partage :

C’est l’ultime conclusion des Temps modernes. Qu’au milieu de cette course au bonheur, le vrai cadeau se trouve au détour d’une rencontre fortuite

3) MODERN TIMES : COMMENT EST-CE RACONTé ?

Pendant des années je me suis spécialisé dans un genre de comédie : la pantomime pure. Je l’ai mesurée, évaluée, analysée. J’ai réussi à en établir les principes exacts afin d’en maîtriser les effets sur le public. Cette comédie-là possède un rythme et un tempo propres. Le dialogue, à mon sens, ralentit toujours l’action, car celle-ci doit alors se plier aux mots.

Charlie Chaplin

La 1ère chose importante a constater est qu’en 1936, voilà 9 ans que le cinéma est devenu parlant ( Avec Le Chanteur de Jazz en 1927) et pourtant, Les temps modernes n’est pas un film parlant : c’est un film sonore qui utilise la parole avec parcimonie.

Après un tournage avec des séquences de dialogues peu convaincants, Charlie Chaplin choisi finalement de rester dans ce qu’il maitrise à merveille, l’art du pantomime (qui ne s’exprime que par le geste et la mimique). Et il décide de faire du son et de la parole, un outil entièrement au service de son film.

Ainsi, la parole ne va servir que deux fois : la 1ère fois pour caractériser le directeur de l’usine qui donne des ordres de rendement à ses ouvriers et la 2ème fois, lors de la séquence finale, pour magnifier le numéro de cabaret chanté (un vrai charabia mimé de façon extraordinaire) de Charlot !

Et grâce à ce parti pris, Chaplin va jouer exclusivement avec les codes du langage cinématographique : cadrage, montage, rythme et raccord. C’est pourquoi la plupart des séquences des Temps modernes se prêtent à une analyse filmique d’une richesse inouï que je t’invite vivement à aller l’explorer pour t’en inspirer !

Tiens, par exemple ! Sans t’aider de ressources extérieurs, quelle signification donnes-tu au 1er plan du film ?😉 Rapidement, tu vas t’apercevoir que chaque image de Modern Times est pensée et porteuse de sens.

Plan d’ouverture de Modern Times, C.Chaplin, 1936

La séquence final constitue le « feu d’artifice » du film. Sans rien te spoiler, elle convoque une maitrise et une énergie improbable : Charlot se bat contre le rythme effréné de son travail de serveur et zigzague entre les cuisines et la salle principale. Puis, tombant sur un client mécontent du service, il va finir par semer bien malgré lui une zizanie sans précédent dans le restaurant !

Maintenant, imagine toi en train de tourner cette séquence de fin, sans son et sans parole et en utilisant simplement le cadrage, la gestuelle et un seul intertitre (texte inséré entre les plans ou les séquences filmés.)

Arriveras-tu à garder la séquence parfaitement compréhensible ? Monsieur Chaplin en tout cas, y arrive haut la main et sa séquence est d’une fluidité impressionnante. 🙂

Enfin, il faut absolument que je te partage la mini scène qui représente le mieux pour moi l’expression de ce langage cinématographique brillant : il s’agit d’une séquence d’à peine une minute (timecode de début : 9min – timecode de fin : 9min55) dans laquelle Charlot est en train de resserrer des boulons à la chaine. Alors que sonne l’heure de la pause, il n’arrive pas à se débarrasser de la gestuelle mécanique de son travail d’usine et se met à resserrer machinalement les boutons de la robe d’une dame.

On va assister alors à un numéro de cabriole d’un niveau encore aujourd’hui rarement égalé. Le gros plan sur l’assiette de soupe qui annonce le gag et crée le suspense donne le tempo. La séquence est rapide et d’une fluidité incroyable. Et surtout, Chaplin nous laisse à une (très) belle réflexion : pourquoi cette scène fait-elle autant rire ?

Est-ce le mime saccadé de Charlot ? Le fait que la séquence déjoue un gag attendu pour créer la surprise ? Que le récit donne au spectateur ce qu’il veut mais pas de la manière dont il le veut ? La réponse est très certainement un mixte de tout cela dont Charlie Chaplin garde le secret. 🙂

C. Chaplin, véritable génie du cinéma

Si Modern Times est bien le plus populaire et le plus accessible des films du cinéma muets, il se révèle (encore plus aujourd’hui) aussi parlant (sans mauvais jeu de mot), si ce n’est bien plus, qu’une année entière de cours sur le découpage et le langage cinématographique.

Le cinéma des années 70 a appris des maîtres des années 40 (…) et je suis sûr que le cinéma des années (…) 40 a appris des maîtres du cinéma muet.

Steven Spielberg

ET LE(S) PETIT(S) CONSEIL(S) DE DERNIÈRE MINUTE ? 🙄

1– N’hésite pas à prendre des notes lorsque tu regardes un film. En plus d’être formateur, cela va te permettre d’avoir un avis plus élaboré sur ce que tu regardes.

2– Comment en faire une habitude facilement ? Trouve-toi simplement une « carotte » qui te motive sur le long terme. Par exemple, tu peux décider de faire 2 critiques de film par semaine : cela va t’obliger à regarder ces films et à prendre des notes pour pouvoir rédiger ta critique. Et de fait, ta culture ciné va grimper.

3– Idée d’exercice pratique à faire : visionne les 20 premières minutes (exceptionnelles) de Modern Times, de l’exposition à l’internement de Charlot dans le camion d’hôpital. Essai de réfléchir à l’enchainement des plans, au rythme du récit et à la construction d’une situation comique, en prenant quelques notes (observe comment cet enchainement effréné de gags nourrit aussi l’histoire : ces gags sont au service du récit. Ils s’intègrent parfaitement au contexte présenté en le densifiant. Le comique va donc également faire avancer l’action et caractériser les personnages). Enfin, invente un titre (pertinent) à ces 20 premières minutes.

4Comment concrètement prendre des notes utiles et réutilisables devant un film ? D’abord, repère les séquences fortes et essaye de scanner de manière (très) général ces 3 points : l’histoire , la mise en scène , le jeu des acteurs. Ensuite, tu peux faire une analyse plus pointilleuse des séquences fortes que tu as repéré.

Voilà. Comme d’habitude si tu as des questions tu peux me laisser un commentaire. Et si ce billet t’as aidé, n’hésites pas à le liker et à le partager, ça fait toujours plaisir !

Ah oui, n’oublies surtout pas : vive le cinéma ! 😃

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